Par le passé, je me suis déjà penché sur l’évolution technique et des performances des F1 à travers les générations. D’abord grâce à Assetto Corsa puis avec AMS2…
Etudions l’évolution de la F1 des années 70/90 grâce à Automobilista 2
Mais mes précédentes tentatives souffraient de quelques défauts : sur AC, il y avait trop peu de générations et sur AMS2, le choix du circuit n’était pas le bon (le vieux Silverstone bien trop rapide pour être significatif au bout d’un moment…).
Cette fois, AMS2 propose bien plus de voitures (et des récentes) et j’ai effectué tous mes tests sur le circuit de Spa dans sa version la plus moderne. Et le résultat est riche d’enseignements même s’il est sans surprise en fait.
Précisons tout de suite que les temps que j’affiche ci-dessous vont vous paraitre bien lent si vous êtes un habitué de ces voitures et de ce circuit (ils sont souvent à plus ou moins 10 secondes des records mondiaux… 10 secondes, un gouffre !!). Explication : d’abord, je n’ai pas la capacité (en matière de pilotage) d’égaler les records avec ces voitures et encore moins de les battre… Ensuite, ce n’était pas le but. Le but était de mesurer les voitures entre elles sur des bases à peu près identiques : 50 litres dans le réservoir de carburant, seulement deux tours lancés, et des réglages minimums pas d’optimisation). Disons que je n’ai pas forcé non plus : un tour lancé pour finir de bien chauffer les pneus et un autre pour enregistrer une performance « acceptable » sans se mettre dans le rail (pas de temps à perdre en faisant le kéké, il y a trop de voitures à tester !) et basta, voiture suivante…
Lotus 49 (1969) => 2.32.1

On commence par la voiture la plus ancienne et, sans surprise, il faut y aller mollo sur la remise des gaz et, surtout, sur la vitesse d’entrée en virage. Si on respecte cela, ça se passe bien… sinon, ça se termine vite !
McLaren M23 (1974) => 2.22.4

Cinq ans plus tard, la F1 a déjà évolué radicalement car on gagne presque dix secondes !
Tout a progressé : le freinage, les pneus, l’appui… ça rend la voiture beaucoup plus efficace et on peut commencer à attaquer.
Lotus 79 (1978) => 2.11.3

Quatre ans de plus en on change encore de monde : la première « wing-car » (utilisation de l’effet de sol via les jupes et les pontons) transfigure la voiture et vous force à vraiment attaquer les virages à une vitesse élevée… La voiture est facile à emmener mais il faut se forcer un peu pour atteindre ses limites qui ont été vraiment repoussées par rapport à la génération précédente. Là, c’est désormais le moteur qui fixe la limite mais onze secondes de gagnées tout de même !!
Renault RE15 (1983) => 2.07.2

C’est pas le skin d’une RE15 ça mais c’est bien la bonne voiture…
Cinq ans plus tard, la réglementation a changé et les wing-cars ont été bannies. mais, entretemps, les moteurs turbo ont fait une entrée fracassante et, ce qu’on a perdu en appuis (beaucoup), on l’a compensé en puissance supplémentaire disponible (encore plus !). Mais la voiture est bien plus délicate à piloter, obligeant à bien soigner la remise des gaz. On gagne encore quatre secondes tout de même !
McLaren MP4 (1988) => 2.05.0

L’ère du turbo n’aura pas duré très longtemps car voilà sa dernière représentante. Cette fois, la voiture est bien aboutie : puissance importante mais domestiquée, appuis qui reviennent à un niveau élevé (mais pas encore autant que les wing-cars), au volant, la voiture est facile à emmener et très performante. Mais seulement un peu plus de deux secondes de gagnées car le turbo est un peu bridé désormais.
Formula Hitech (1992) => 1.55.5

Avec cette génération, on entre dans le domaine des suspensions actives et des assistances au pilotage à tous les étages. Le V10 pousse bien mais sans procurer de grandes sensations tant le châssis filtre tout. La voiture est performante mais, à son volant, on a du mal à se rendre compte à quel point. Mais en regardant le chrono, on réalise : presque dix seconde de gagnées par rapport à la génération précédente… Un bon gigantesque au début des années 90!
Formula Edge (1995) => 1.57.7

Avec cette génération de voiture, on en revient à quelque chose de plus raisonnable (suspensions actives et assistances interdites) et de bien plus intéressant à piloter. La puissance a encore progressé (un peu) mais le châssis classique affiche un retrait (normal) par rapport au voitures « actives » : deux grosses secondes de perdues.
Formula V10 (Gen 1 – 1997) => 1.56.2

La McLaren « grise » reprend la marche en avant de l’évolution : moteur au cri strident et châssis en progrès : une grosse seconde de gagnée de nouveau… Mais le pilotage est moins incisif (et moins intéressant) qu’avec la génération précédente.
Formula V10 (Gen 2 – 2000) => 1.54.8

Quelques années de plus et la tendance se confirme : on gagne en performance (la voiture de 1992 est enfin battue !) et le pilotage est encore un peu lissé.
Formula V10 (Gen 3 – 2005) => 1.50.9

Avec la dernière génération de voiture à moteur V10, on atteint un sommet : le moteur hurle, la voiture dévale les lignes droite (vitesse de pointe impressionnante !) et le chassis tient bien le parquet. Avec un engin pareil, c’est presque facile d’aller vite !
Cette fois, presque quatre seconde de gagnées, c’est important et significatif. Le pilotage d’une telle monoplace est assez enthousiasmant tellement elle est performante mais le plaisir est tout de même plus grand au volant d’une formula Edge qui propose un pilotage plus impliquant.
Formula V8 (Gen 1 – 2006) => 1.54.9

Première génération des moteur V8, on perd en puissance (la vitesse de pointe s’en ressent) et la performance est en recul : quatre secondes de perdues.
Formula V8 (Gen 2 – 2008) => 1.54.4

La génération suivante gagne seulement une demi-seconde mais le plaisir y pard beaucoup car la voiture est écrasée d’appuis en tout genre.
Formula V8 (Gen 3 – 2011) => 1.55.0

Dernière génération du V8 et performance (très) légérement en retrait. La réduction de l’aileron AR ne se fait pas beaucoup sentir en termes de comportement (et de plaisir de pilotage aussi par la même occasion…).
Formula Hybrid (Gen 1 – 2014) => 1.53.0

Nouvelle réglementation entrainant une nouvelle génération de voiture : adieu le V8, voici le V6 (turbo) couplé avec un système hybride. Le résultat est un léger gain en performance (deux secondes de gagnées par rapport à la toute dernière génération de F1 V8) mais qui s’accompagne d’une grande perte en termes de plaisir de pilotage : on est aux commandes d’un tapis volant (pas de sensation ou si peu) qui est affublé d’un bruit d’aspirateur (pour ne pas dire pire !). C’est ça le progrès ?
Formula Hybrid (Gen 2 – 2019) => 1.51.9

Les choses ne s’améliorent pas avec la génération suivante dotée d’une boite à huit rapport ce qui a pour effet de rendre la conduite « hystérique » (on est continuellement en train de changer de rapport) et encore moins intéressante. Gain en performance : un peu plus d’une seconde mais à quel prix ?
Formula Hybrid (Gen 3 – 2022) => 1.52.1

On termine ce panorama par les voitures de la saison 2022 qui sont grosses, lourdes et peu excitante : le gain maginale de performance est toujours là (mais il est mince) mais le plaisir de pilotage est désormais totalement absent. C’est d’autant plus flagrant qu’il suffit de prendre le volant d’une LMDh récente qui va être dix à quinze secondes plus lente (sur le même tracé, toujours) mais bien plus intéressante à piloter.
Le principal facteur qui influence le comportement des monoplaces depuis 40 ans (au moins !), c’est l’appui aérodynamique !
Les ingénieurs de la F1 en veulent toujours plus et sont prêts à tout pour trouver des nouvelles sources comme on peut le voir dans l’exemple ci-dessous où les ingénieurs Ferrari n’ont pas hésité à en afflubler le halo de leur monoplace :

Le problème, c’est qu’une monoplace ainsi « écrasée » par cet appui surabondant perd beaucoup de son intérêt à être pilotée. L’appui lisse tout et exige une conduite très agressive pour être efficace. Adieu la nuance, adieu la subtilité qui fait que le plaisir au volant est réel tout en étant « challenging ».
En conclusion, la Formula hybrid gen3 s’est (enfin) rapprochée de la Formula V10 gen3 en performances mais s’est éloignée à des années-lumières en termes de plaisir de pilotage et de sensation au volant. Une triste évolution.